Hedwige a disparu de Suède : le Harfang des neiges éteint après 10 ans de silence, mais l'espoir persiste pour son retour
Le verdict est tombé en automne 2025 : le Harfang des neiges (Bubo scandiacus) est officiellement éteint en tant qu’espèce nicheuse en Suède. L’Université suédoise des sciences agricoles (SLU) a acté cette disparition après dix ans sans un seul nid découvert dans les montagnes suédoises. Dans les années 1970, plusieurs centaines de couples y nichaient encore.
Mais attention : l’espèce n’est pas éteinte globalement. Elle continue de nicher en Norvège voisine (notamment dans le comté du Finnmark), ainsi qu’au Canada, en Russie, en Alaska et au Groenland. Et les scientifiques n’excluent pas un retour éventuel en Suède si les conditions s’améliorent. Les populations de Harfangs fluctuent naturellement, et l’espèce pourrait réapparaître dans les montagnes suédoises à l’avenir.
Hedwige, l’icône qui sensibilise le monde entier
Pour des millions de gens, le Harfang des neiges porte un nom : Hedwige. La fidèle chouette blanche d’Harry Potter a rendu cette espèce mondialement célèbre, créant une armée de défenseurs involontaires. Avec son plumage blanc immaculé, ses yeux jaunes perçants et sa prestance majestueuse, le Harfang incarne la magie arctique.
Cette célébrité a eu des effets pervers (trafic illégal dans les années 2000), mais elle a aussi créé une prise de conscience planétaire. Aujourd’hui, quand on parle de sauver le Harfang des neiges, tout le monde comprend immédiatement de qui on parle. C’est un atout énorme pour les conservationnistes.
Le Canada, bastion de l’espèce avec 50% de la population mondiale
Voici la bonne nouvelle : le Canada abrite environ la moitié des Harfangs des neiges de la planète. Sur une population mondiale estimée entre 14 000 et 28 000 individus reproducteurs, près de 7 000 à 14 000 nichent au Canada. L’emblème aviaire du Québec (depuis 1987) trouve refuge dans sept provinces et territoires : Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Colombie-Britannique, Nunavut, Manitoba, Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.
En mai 2025, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a classé l’espèce comme "menacée". Loin d’être une mauvaise nouvelle, c’est un tournant. Ce statut oblige les gouvernements à agir concrètement pour protéger l’espèce : limiter les pesticides qui la nuisent durant sa migration hivernale, protéger ses habitats, financer la recherche.
30 ans de recherche qui portent leurs fruits
Depuis 1993, le professeur Gilles Gauthier de l’Université Laval mène un programme de recherche sur le Harfang des neiges à l’île Bylot dans l’Arctique canadien. "La durée de notre projet et le nombre d’adultes reproducteurs que nous avons suivis placent notre programme parmi les trois plus importants au monde", explique-t-il.
Ces décennies de données ont permis de comprendre précisément les besoins de l’espèce, les menaces qui pèsent sur elle, et surtout, comment la protéger efficacement. Des programmes similaires existent en Russie et en Alaska. La science est mobilisée, et elle sait ce qu’il faut faire.
Le réchauffement climatique, un ennemi qu’on peut combattre
Oui, le réchauffement climatique est la cause principale du déclin. Les hivers plus doux détruisent les tunnels de neige dont dépendent les lemmings (proies du Harfang), qui composent 90-95% de leur alimentation. L’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que la moyenne mondiale.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une fatalité. Chaque action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre aide. Chaque hectare de toundra protégé compte. Chaque pesticide interdit sauve des vies. Et la mobilisation citoyenne et gouvernementale progresse, même si c’est encore trop lent.
Des initiatives concrètes qui fonctionnent
Le Québec a créé les prix "Harfang des neiges" en 2018 pour récompenser les personnes et organismes qui œuvrent à la conservation de la faune. En 2025, cinq lauréats ont été honorés, dont Rachel Guindon, jeune biologiste passionnée qui travaille sur la protection des écosystèmes nordiques.
Conservation de la nature Canada mobilise depuis 1962 et a déjà protégé plus de 15 millions d’hectares d’habitats naturels. L’espèce bénéficie d’une protection totale en France et en Europe. Des programmes de surveillance par satellite permettent de suivre les déplacements des oiseaux et de mieux comprendre leurs besoins.
Un chasseur extraordinaire qui a survécu à l’ère glaciaire
Ne sous-estimons pas le Harfang des neiges. Ce survivant extraordinaire a traversé l’ère glaciaire il y a 20 000 ans (on a retrouvé ses ossements en Aquitaine). Avec ses 1,50 mètre d’envergure, son ouïe capable de détecter des proies sous la neige à 200 mètres, et sa capacité à endurer -50°C, c’est un champion de l’adaptation.
L’espèce existe depuis des millénaires et a survécu à d’innombrables bouleversements climatiques. Elle a juste besoin que nous lui donnions un coup de main cette fois-ci.
Les populations peuvent rebondir
Les scientifiques notent que les populations de Harfangs fluctuent naturellement avec les cycles des lemmings (tous les 3-4 ans). Certaines "mauvaises" années voient très peu de reproduction, puis les chiffres remontent. Cette variabilité naturelle signifie qu’avec des conditions favorables, les populations peuvent se rétablir relativement rapidement.
L’extinction en Suède est locale, pas globale. L’espèce pourrait y revenir si les hivers redeviennent plus rigoureux et si les populations de lemmings se stabilisent. C’est déjà arrivé pour d’autres espèces arctiques.
Ce que vous pouvez faire
Concrètement, chacun peut agir. Soutenir les organisations de conservation comme Conservation de la nature Canada ou la Fondation de la faune du Québec. Réduire son empreinte carbone (transports, alimentation, consommation). Partager l’information pour sensibiliser. Signer des pétitions pour protéger les habitats arctiques. Chaque petit geste compte.
La disparition du Harfang en Suède est un signal d’alarme, pas une condamnation à mort. C’est un avertissement qui nous dit : agissez maintenant, pendant qu’il est encore temps. Et justement, il est encore temps. L’espèce existe toujours, elle a des défenseurs mobilisés, et elle a prouvé qu’elle savait survivre. À nous de lui donner sa chance.
Hedwige ne s’envole pas vers le couchant. Elle attend juste qu’on la protège pour revenir nicher en Scandinavie. Et cette fois, on sait exactement ce qu’il faut faire.
En bref : la situation du Harfang des neiges
- Extinction Suède : Automne 2025 (aucun nid depuis 2015, première extinction d’oiseau en 20 ans)
- Retour possible : Les scientifiques n’excluent pas une réapparition si les conditions s’améliorent
- Population mondiale : 14 000 à 28 000 individus reproducteurs (UICN : vulnérable)
- Canada : Abrite environ 50% de la population mondiale (7 000 à 14 000 individus)
- Nouvelle protection : Classé "menacé" au Canada en mai 2025 par le COSEPAC
- Conséquence : Oblige les gouvernements à agir (pesticides, habitats, recherche)
- Présence actuelle : Norvège (Finnmark), Canada, Russie, Alaska, Groenland, Finlande (irrégulier)
- Recherche active : Programme 30 ans à l’île Bylot (Université Laval), parmi les 3 plus importants au monde
- Prix Harfang des neiges : Créés en 2018 au Québec, récompensent la conservation de la faune
- Conservation de la nature Canada : 15 millions d’hectares protégés depuis 1962
- Protection légale : Totale en France depuis 1981, annexe I directive Oiseaux UE
- Cause principale : Réchauffement climatique → disparition des lemmings
- Réchauffement Arctique : 4 fois plus rapide que la moyenne mondiale
- Actions possibles : Limiter pesticides, protéger habitats, réduire émissions CO2
- Résilience : Espèce a survécu à l’ère glaciaire il y a 20 000 ans
- Cycles naturels : Populations fluctuent avec les lemmings (tous les 3-4 ans)
- Lien Harry Potter : Hedwige a créé une sensibilisation mondiale
- Caractéristiques : 1,50 m d’envergure, détecte proies à 200 m, survit à -50°C
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