Pour ouvrir cette nouvelle rubrique qui servira à partager mes humeurs (et éditos par la même occasion) j'ai souhaité donner suite à un précédent article qui abordait déjà ce sujet, mais d'une manière un peu plus développée sur l'état actuel de ma condition personnelle.

Il y a de cela un peu plus de quatre ans, j’avais pris le temps de vous partager "un mal" qui gâche l’existence : Quand les mots manquent aux maux (NDLR : article publié en avril 2022). Depuis, ma situation n’a malheureusement pas évolué d’un iota, enfin un peu quand même, mais parfois, il y a des jours relatifs : les "symptômes" sont toujours là, fidèles au poste, et tous les conseils que je vous prodiguais à l’époque restent pleinement valables — la psychothérapie, la méditation, s’entourer de personnes de confiance, ne pas hésiter à en parler à son médecin de famille.
Néanmoins, avec le recul de ces quatre années, je me suis forgé une hypothèse personnelle — que je tiens à partager avec toute la prudence d’usage, car je ne suis évidemment pas médecin. Je pense aujourd’hui que mes symptômes seraient le résultat d’une causalité plus profonde, propre à mon parcours : ma paralysie cérébrale spastique (anciennement appelée infirmité motrice cérébrale, mais le terme médical approprié serait, je crois, celui de paralysie cérébrale spastique), couplée à ma sédentarité et à une résistance à l’insuline, me provoquerait des symptômes épisodiques de brain fog. Le tout serait agrémenté d’une anxiété de fond qui vient bloquer l’espace structurel de mes pensées dès l’instant où je souhaite être directement performant ou même parler en public, voire avec mon propre entourage.
N’abandonnez jamais vos rêves
Et puisque j’évoque la performance, permettez-moi de casser un petit mythe : non, les mots ne coulent jamais de source. Pas pour moi, en tout cas. Tenez, prenons un cas concret : cette fameuse fenêtre blanche, vide, narquoise, de la zone de saisie de mon éditeur de texte. Je ne compte plus les brouillons lamentables qu’elle a vus défiler. Et que les grands professionnels de l’écriture me rassurent : journalistes, éditorialistes, romanciers — il leur arrive à tous d’être confrontés au syndrome de la page blanche. C’est presque réconfortant.
Dans mon cas, j’ai même ressenti à plusieurs reprises un véritable dégoût face à l’acte d’écrire. Cruelle ironie du sort, quand on sait que depuis l’enfance, j’ai toujours rêvé de cela. Je m’en souviens encore : quand ma logopède m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, j’ai répondu sans hésiter "journaliste". Quelques décennies plus tard, me voilà à éprouver parfois une aversion pour ce qui était pourtant mon rêve. Allez comprendre.
J’ai même songé, à plusieurs reprises, à clore l’aventure DrakouNews. À chaque fois que les symptômes s’invitaient, le sentiment de ne plus avoir la force d’écrire me submergeait. Mais j’ai fini par comprendre quelque chose d’essentiel : quand les idées surgissent malgré tout, c’est le signe que la créativité, elle, est toujours là, tapie quelque part. Et cette étincelle positive, il ne faut surtout jamais l’éteindre. Au contraire : il faut la laisser faire son œuvre, lui donner l’espace de raviver le goût et la force d’écrire. Continuer, même quand les brouillons nous paraissent lamentables à nos propres yeux. Quand j’y pense, il serait regrettable de gâcher les échelons gravit jusqu’à cet article que vous êtes en train de lire à cet instant, cela voudrait dire de faire une croix sur presque dix ans d’écriture…
Je profite de ces lignes pour adresser quelques remerciements sincères. D’abord à mon neurologue, qui m’a écouté pendant longtemps et réconforté psychologiquement avec une infinie patience. "C’est comme ça, mais ça viendra ; laissez-vous le temps et ne vous mettez pas la pression tout seul" — ces mots-là, je me les répète encore aujourd’hui. Il avait pointé du doigt mon côté perfectionniste, qui ne fait que nourrir l’anxiété de fond. Car cette anxiété adore le perfectionnisme : il lui donne du crédit, et la confirmation, dans ma tête, que je serais "incapable".
Je voudrais aussi remercier les hebdomadaires Moustique, Le Vif et Terre Sauvage, qui manient la langue française avec une plume si belle que c’est en grande partie grâce à eux que j’ai eu envie de poursuivre cette aventure. Ils me donnent l’envie d’aller plus loin dans mon raisonnement, de consolider les choses, d’apprendre toujours plus. Mais il ne faut pas croire que c’est facile pour autant : cela demande une discipline assez rude envers soi-même, et il faut s’accorder beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de patience.
Le mentaliste Fabien Olicard, lui aussi, m’a ouvert une autre perspective sur la compréhension de mon mécanisme cérébral. Parfois, j’ai l’impression que mon cerveau refuse purement et simplement de coopérer avec moi, et qu’il a sans doute ses raisons que j’ignore moi-même. Il lutte certainement pour me protéger de fonctions essentielles. Quand la fluidité de mes pensées revient, je m’assure toujours de lui dire merci. Mais quand ça bloque, je vous avoue que l’envie me prend de crier à pleins poumons : mon exigence envers moi-même me conduit alors à une frustration intérieure qui fait dégringoler ma bonne humeur et me plonge dans une profonde tristesse, "cachée" derrière le sourire.
Alors, ce que je voudrais dire aux petits bonhommes des émotions, ces fameuses Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût façon Vice-Versa, ce serait ceci : arrêtez, s’il vous plaît, de jouer avec mes câbles neuronaux et calmez ces turbulences. Allez, sans rancune…
En bref
- Le constat : Quatre ans après mon article Quand les mots manquent aux maux, ma situation reste inchangée, mais mes conseils d’alors demeurent pleinement valables.
- Mon hypothèse : Sans être médecin, je pense aujourd’hui à une causalité multifactorielle — paralysie cérébrale spastique, sédentarité et résistance à l’insuline généreraient mes épisodes de brain fog, le tout sur fond d’anxiété chronique.
- La page blanche : Même les plus grandes plumes y sont confrontées. Je ne suis pas seul à voir défiler des brouillons "lamentables" devant la fenêtre vide de mon éditeur de texte.
- Le déclic : L’étincelle créative ne s’éteint jamais vraiment. Quand les idées surgissent, il faut les laisser parler, même quand l’envie d’arrêter pointe le bout de son nez.
- Le piège : Le perfectionnisme, ce meilleur ami de l’anxiété de fond. La parade : discipline envers soi et beaucoup, beaucoup de patience.
- Mes phares : Mon neurologue pour son écoute bienveillante, les hebdomadaires Moustique, Le Vif et Terre Sauvage pour leur plume inspirante, et le mentaliste Fabien Olicard pour son éclairage sur mon mécanisme cérébral.
