HOMMAGE - Dans la lumière des bougies de fête, Crans-Montana a perdu ses jeunes
1h30 du matin : quand les bougies de fête deviennent flammes mortelles
Il était exactement 1h30 du matin en ce premier janvier 2026. Au Constellation, dans le sous-sol du bar prisé de Crans-Montana, la fête battait son plein. Des jeunes, venus de Suisse et d’ailleurs, célébraient l’arrivée de cette nouvelle année. Et puis, selon plusieurs témoignages concordants, quelqu’un a brandi une bouteille de champagne ornée d’une chandelle pyrotechnique, ces cierges magiques qui scintillent joliment.
Une photo révélée par nos confrères de BFMTV montre ces instants d’avant le drame : plusieurs personnes tenant des bouteilles équipées de ces bougies festives. L’une d’elles, portée sur les épaules d’un ami, aurait touché le plafond. En un instant, tout s’est embrasé. Le plafond en bois recouvert de mousse acoustique s’est enflammé, provoquant une déflagration et un embrasement généralisé. "C’était le Bataclan sans les armes à feu", témoignera plus tard un professionnel de la santé présent sur place.
Un sous-sol sans issue : le piège mortel
Ce qui aurait pu n’être qu’un accident s’est transformé en tragédie à cause d’une réalité terrible : le sous-sol du Constellation était exigu, sans issue de secours hormis la porte principale. Un seul escalier étroit pour évacuer des centaines de personnes paniquées, dans les flammes et la fumée.
"On a commencé à entendre ’Au feu! au feu!’ Au début on était devant la porte qui est une sorte d’escalier. Tout de suite, ça a créé un mouvement de panique", raconte Mathis, 20 ans. "Tout le monde a couru et on a tout de suite essayé d’aller aider les gens qui étaient en train de se tomber les uns les autres dessus."
L’enquête devra déterminer si les normes de sécurité ont été respectées. La procureure Béatrice Pilloud a confirmé que l’instruction portera notamment sur les sorties de secours et l’étroitesse de l’escalier. Daniel Barouch, expert en sécurité, résume la problématique : "Ce qui s’est passé cette nuit, c’est ce qu’on veut éviter. Il y a la structure en bois, le nombre de personnes, la capacité d’accueil, les décorations…"
Des vies fauchées, des familles brisées
Le bilan est insoutenable : une quarantaine de personnes ont perdu la vie, et 115 autres ont été blessées, la plupart grièvement brûlées. Des adolescents nés en 2010, 2011, à peine sortis de l’enfance. Des jeunes adultes qui avaient toute la vie devant eux. Parmi eux, des élèves du collège Champittet de Pully et des juniors du FC Lutry, selon nos confrères de Blick et la RTS.
Un professionnel de la santé qui s’est improvisé primo-intervenant témoigne : "C’est la masse qui était impressionnante : il y avait des gens couchés partout. Tout le monde était brûlé. Des jeunes essayaient de faire des massages cardiaques." Et d’autres, décédés, "avec des dates de naissance de 2004, 2010".
Sur les réseaux sociaux, l’angoisse se lit dans chaque message : "Un papa recherche son fils", "Nous sommes sans nouvelles de notre amie". Des pages ont été créées pour rassembler les avis de recherche, avec photos, tatouages, piercings - tous ces détails qui peuvent aider à identifier ceux qu’on cherche désespérément.
L’identification des victimes prendra du temps. "Malheureusement, les victimes ne sont pas identifiables en raison de la gravité de leurs brûlures", a expliqué l’ambassadeur d’Italie en Suisse. Certains blessés présentent des brûlures couvrant 60% de leur surface corporelle.
"L’une des pires tragédies que notre pays ait connues"
Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, a trouvé les mots pour qualifier ce drame : "Ce qui devait être un moment de joie s’est mué, le jour de l’An à Crans-Montana, en un deuil qui touche tout le pays et bien au-delà." Il parle de "l’une des pires tragédies que notre pays ait connues".
"Aujourd’hui, la Suisse est triste, mais aussi unie de cœur", a-t-il déclaré, le ton grave. Le président a reporté son traditionnel discours de Nouvel An. Mathias Reynard, président du Conseil d’État valaisan, a parlé d’un "moment insoutenable, terrible", évoquant une "scène de guerre" qu’il a découverte en se rendant sur place.
Drapeaux en berne : un deuil national de 5 jours
En signe de deuil et de solidarité, le Conseil fédéral a ordonné la mise en berne des drapeaux pour une période de 5 jours. Les drapeaux ont été abaissés dès vendredi sur le Palais fédéral à Berne, symbole de la douleur nationale.
Le canton de Vaud a suivi le mouvement, mettant également ses drapeaux en berne sur tout le territoire vaudois et invitant les communes à rejoindre cette action. Même le Conseil de l’Europe à Strasbourg a mis le drapeau suisse en berne "en signe de solidarité et de deuil", exprimant ses "condoléances les plus sincères" à la Suisse.
400 personnes à la messe d’hommage
Jeudi soir, environ 400 personnes ont pris part à une messe dans l’église de Crans-Montana pour rendre hommage aux victimes. La cérémonie était présidée par l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey. Le diocèse avait exprimé plus tôt "sa sollicitude, sa proximité et sa compassion pour toutes les victimes, leurs proches et leurs familles".
"Cette nuit qui devait être une occasion de réjouissances s’est transformée en terrible catastrophe pour des centaines de personnes. C’est vers elles que se dirigent nos pensées et nos prières", a déclaré le diocèse de Sion. La Conférence des évêques suisses a manifesté son "total effroi" et rappelé que toutes les églises suisses sont des "lieux de soutien et de prière en cette heure terrible".
Rassemblements spontanés : fleurs, bougies et larmes
Plusieurs centaines de personnes se sont également rassemblées en silence, dans un froid glacial, à proximité du bar Le Constellation. De nombreux bouquets de fleurs, des bougies, des peluches ont été déposés au bord d’une route juste au-dessus du lieu du drame.
Parmi les messages déposés, on peut lire : "Reposez en paix auprès des étoiles" ou encore "Prions pour les familles, les blessés et les autorités locales". Certains ne peuvent retenir leurs larmes. "Nous avons une personne qui nous est proche et qui est toujours portée disparue. Nous n’avons aucune nouvelle d’elle", confie une femme, un bouquet de fleurs à la main.
Les Swiss Sports Awards annulés par respect
En signe de respect pour les victimes, la cérémonie des Swiss Sports Awards, qui devait récompenser les meilleurs athlètes suisses de l’année, a été annulée et reportée à une date ultérieure. Cette distinction existe depuis 1950 et n’avait jamais été complètement annulée, même en 2020 durant la pandémie.
Des héros anonymes dans les flammes
Au milieu de l’horreur, il y a eu des héros. Des jeunes venus faire la fête qui se sont transformés en sauveteurs. Mathis et ses amis n’ont pas hésité à braver les flammes : "On a porté des gens, on a aidé des gens à marcher, on les a mis au chaud."
Ces jeunes gens - aucun n’était professionnel de la santé - parlaient aux personnes qui perdaient conscience, tentaient de les rassurer, prodiguaient les premiers soins. "Qu’ils sachent que leurs proches, même dans leurs derniers instants, avaient des gens qui ont été là pour eux", confie Mathis. "Il y a eu une grande solidarité, un travail exemplaire des médecins, même des civils. Personne n’a été mis de côté."
Le président Reynard a rendu hommage "aux citoyens et aux jeunes qui ont sauvé des vies dès les premières minutes" aux abords du bar.
La Belgique mobilisée : 7 lits et une équipe médicale spécialisée
Face à l’ampleur de la catastrophe, la Belgique a immédiatement répondu présent. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a annoncé jeudi soir que notre pays allait accueillir des victimes dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union européenne.
Concrètement, la Belgique propose de prendre en charge sept victimes dans ses hôpitaux : cinq patients en trauma grave (grands brûlés) et deux patients en soins midcare. Quatre jeunes blessés âgés entre 17 et 19 ans sont arrivés ce vendredi dans des centres de traitement des brûlés belges, selon nos confrères de la RTBF et 7sur7.
Mais la solidarité belge ne s’arrête pas là. Une équipe médicale spécialisée a été envoyée vendredi matin en Suisse : un team leader, deux médecins et deux infirmiers spécialisés en grands brûlés. La structure B-FAST (Belgian First Aid Support Team) organise cette mission d’urgence. Car comme l’explique l’expert Luc de Clerck : "Les 72 premières heures après une telle catastrophe sont cruciales. Ceux qui n’ont plus de peau ont des problèmes d’équilibre hydrique. Chaque heure compte."
Cette équipe belge doit évaluer sur place quels patients peuvent être transférés vers nos hôpitaux, car les centres suisses spécialisés dans les grands brûlés sont saturés. Une course contre la montre pour sauver des vies.
Bonne nouvelle cependant : selon le ministre Maxime Prévot et le SPF Affaires étrangères, aucun ressortissant belge n’aurait été identifié parmi les victimes à ce stade, même si cette information reste provisoire. Un Belge de 15 ans qui s’apprêtait à entrer dans le bar au moment de l’incendie a témoigné sur France Info : "On a vu des gens crier, partir en courant. On a vu de la fumée et donc on est parti."
Une chaîne de solidarité européenne sans précédent
La Belgique n’est pas seule à tendre la main à la Suisse. La France a réservé 19 lits (15 pour adultes, 4 pédiatriques) et a déjà accueilli des blessés à Lyon et Paris. L’Italie, l’Allemagne et la Pologne ont également proposé leur aide. Donald Tusk, Premier ministre polonais, a annoncé que son pays était prêt à accueillir 14 blessés dans ses hôpitaux.
Les deux centres suisses spécialisés dans les grands brûlés, à Lausanne (22 victimes au CHUV, dont treize adultes et huit enfants avec des brûlures couvrant plus de 60% de leur corps) et Zurich (17 patients dont 4 enfants), ont accueilli la majorité des blessés graves. Dix hélicoptères, quarante ambulances et plus de 150 spécialistes ont été mobilisés dans la nuit.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, s’est rendu vendredi à Crans-Montana pour rencontrer les familles et a salué la coopération "très positive" avec la Suisse. Une quinzaine d’Italiens ont été blessés et autant sont portés disparus, dont le jeune golfeur Emanuele G. dont le décès a été confirmé. Neuf Français ont été blessés, huit autres sont recherchés.
Le président Emmanuel Macron a exprimé sa "pleine solidarité" et s’est entretenu par téléphone avec Guy Parmelin. Le pape Léon XIV a prié pour les victimes et exprimé "sa compassion et sa sollicitude" aux familles. Israël a même envoyé une équipe spécialisée de la Croix-Rouge pour aider à l’identification des corps calcinés. Le monde entier pense à Crans-Montana.
Les hôpitaux suisses saturés
En Valais, les services de soins intensifs et les blocs opératoires sont saturés. Mathias Reynard, conseiller d’État en charge de la santé, a lancé un appel à la prudence : ne surchargez pas les hôpitaux en prenant des risques inutiles. L’hôpital de Sion, qui accueille la majorité des victimes, a activé le plan catastrophe.
Les Hôpitaux universitaires genevois (HUG) ont accueilli six patients, dont quatre héliportés. Ils ont également transféré des médicaments au CHUV dans la nuit et envoyé des ambulances en Valais. L’hôpital de l’Île de Berne soigne également des blessés, mais ne communique pas sur leur nombre par respect de la vie privée.
L’enquête pour comprendre, pas pour juger
Les autorités valaisannes ont ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes. La procureure Béatrice Pilloud a demandé "de ne pas faire de suppositions" par respect pour les familles. "Elles attendent ces réponses, mais malheureusement, les apporter demandera du temps."
L’instruction portera sur les normes de sécurité, les sorties de secours, la capacité d’accueil, les matériaux utilisés. Stéphane Ganzer, conseiller d’État, a confirmé : "Il n’y a pas eu d’explosif en jeu. Les explosions résultent de l’incendie." Ce n’était pas un attentat, mais un "embrasement généralisé" dû à l’incendie.
L’institut médico-légal de Zurich a envoyé des spécialistes sur les lieux pour aider à déterminer la cause exacte du sinistre. Mais quelle que soit la vérité qui émergera, elle ne ramènera pas ceux qui sont partis. Elle ne guérira pas les blessures des survivants. Elle ne consolera pas les familles.
Le combat des héros en blouse blanche
Dans les hôpitaux suisses et européens, les équipes médicales se battent pour sauver les blessés graves. La directrice du CHUV, Claire Charmet, a confirmé vendredi que "les pronostics sont bien évidemment engagés pour chacun de ces blessés". Tous sont des brûlés graves. "Nous avons mobilisé toutes les places critiques dont on pouvait disposer", a-t-elle expliqué.
Ces médecins, infirmiers, pompiers, secouristes qui travaillent sans relâche, ce sont les héros de cette tragédie. Le président Parmelin a salué "l’action remarquable" des services de secours et leur a dit : "Vous n’êtes pas seuls. Tous les moyens sanitaires sont engagés pour vous soigner et vous soutenir."
Une help-line pour les familles et les témoins
Les autorités valaisannes ont mis en place une ligne d’assistance : 0848 112 117. Ce numéro n’est pas seulement destiné aux familles qui cherchent des réponses ou qui attendent des nouvelles. La procureure Pilloud a précisé qu’il est également ouvert aux témoins ou aux personnes qui se seraient trouvées dans le bar ou aux alentours.
Car au-delà des bilans officiels, il y a des êtres humains qui souffrent. Des parents qui ont perdu leur enfant. Des amis inconsolables. Des survivants qui porteront à jamais les cicatrices de cette nuit. Et des témoins qui peuvent aider l’enquête à comprendre ce qui s’est passé.
En mémoire de ceux qui dansaient dans la lumière
2026 devait être une année de nouveaux départs, de projets, de rêves. Ces jeunes qui dansaient au Constellation, une bouteille de champagne à la main, une chandelle scintillante pour célébrer la vie - ils ne savaient pas qu’ils vivaient leurs dernières heures.
Aujourd’hui, la Suisse pleure. Le Valais pleure. L’Europe pleure. La Belgique tend la main. Pendant cinq jours, les drapeaux resteront en berne. Les églises accueillent les prières. Les hommages se multiplient. Mais au-delà de ces marques de respect, il y a la mémoire.
Ces jeunes vies ne seront pas oubliées. Leurs prénoms resteront gravés dans les cœurs. Leur sourire continuera de briller dans les photos que leurs familles chériront. Le centre de Crans-Montana est fermé pour permettre aux services de médecine légale de leur rendre leur identité et de remettre leurs corps aux familles.
À toutes les victimes, à leurs familles, à leurs amis : nous pensons à vous. La Belgique pense à vous. Le monde pense à vous. Vous n’êtes pas seuls dans votre douleur.
Reposez en paix, jeunes du Constellation. Vous dansiez dans la lumière des bougies de fête. Aujourd’hui, vous brillez dans nos mémoires, pour toujours.
En bref : la tragédie du Constellation
- Date et heure : 1er janvier 2026, exactement 1h30 du matin
- Lieu : Sous-sol du bar Le Constellation, Crans-Montana, Valais, Suisse
- Cause probable : Chandelles pyrotechniques (cierges magiques) fixées sur bouteilles de champagne ayant enflammé le plafond
- Matériaux inflammables : Plafond en bois recouvert de mousse acoustique
- Problème sécurité : Sous-sol exigu sans issue de secours hormis porte principale, escalier étroit
- Bilan provisoire : Une quarantaine de décès, 115 blessés (principalement brûlés graves)
- Victimes : Principalement des jeunes, certains nés en 2004, 2010, 2011
- Gravité brûlures : Certains blessés brûlés sur 60% surface corporelle
- Identification : Prendra plusieurs jours en raison gravité des brûlures
- Victimes identifiées : Jeune golfeur italien Emanuele G., élèves collège Champittet Pully, juniors FC Lutry
- Aide belge : 7 lits (5 trauma grave, 2 midcare), 4 jeunes 17-19 ans accueillis vendredi
- Équipe médicale belge : 1 team leader, 2 médecins, 2 infirmiers spécialisés (B-FAST)
- Victimes belges : Aucune identifiée à ce stade (information provisoire)
- Maxime Prévot : Ministre belge Affaires étrangères, activation mécanisme UE
- Hommages nationaux : Drapeaux en berne 5 jours (Palais fédéral, Vaud, Conseil Europe)
- Messe hommage : 400 personnes jeudi soir, église Crans-Montana, Mgr Jean-Marie Lovey
- Rassemblements : Plusieurs centaines personnes, fleurs, bougies, peluches
- Swiss Sports Awards : Annulés et reportés en signe de respect
- Témoignage clé : "C’était le Bataclan sans les armes à feu"
- Capacité bar : 300 personnes intérieur, 40 en terrasse
- Moyens mobilisés : 10 hélicoptères, 40 ambulances, 150+ spécialistes santé
- CHUV Lausanne : 22 brûlés graves (13 adultes, 8 enfants avec brûlures 60%+)
- Zurich : 17 patients dont 4 enfants
- HUG Genève : 6 patients (4 héliportés, 2 ambulance)
- Solidarité internationale : France (19 lits), Italie, Allemagne, Pologne (14 lits), Israël
- Blessés français : 9 blessés, 8 portés disparus
- Blessés italiens : 15 blessés, 15 portés disparus dont golfeur Emanuele G.
- Hôpitaux saturés : Services soins intensifs et blocs opératoires Valais saturés
- Enquête : Normes sécurité, sorties secours, capacité accueil, matériaux
- Nature : Embrasement généralisé, pas attentat, pas explosif
- Help-line : 0848 112 117 (familles, proches, témoins)
- Guy Parmelin : "L’une des pires tragédies que notre pays ait connues"
- Propriétaires : Couple français d’origine corse, autres établissements fermés (Vieux-Chalet, Senso)
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